Les achats

Pashmina donc et cachemires de toutes qualités et tous prix, vêtements dont des « Salwar Kamiz » (ensemble pantalon/tunique), nappes, dessus de lit (qui servira de nappe), épices et puis plein de trucs style moulins à prière électriques (si, si, ça existe), stylos avec des incrustations de pierres multicolores, des tampons en bois utilisé pour imprimer les tissus, tatouer des motifs au henné (mais qui permettent aussi d’imprimer de beaux motifs sur l’argile), des ustensiles de cuisine (presses citrons super pratiques, petites boites en métal pour mettre des épices,  poêles à chapati), dans la rue « chez » le serrurier : des clefs rouillées faites à la main qui feront de belles sculptures, des petits objets en bois pour masser les pieds, le ventre, les mains, les doigts, des petits tambours « accordables » à porter en bandoulière, des jouets en bois, des petites boites à secret, des figurines en os, en bronze, des stickers plus kitchs les uns que les autres représentant Shiva, Ganesh et les stars bollywoodiennes du moment  etc etc., etc..

Bref que du bonheur pour soi et pour les autres si on a des velléités de ramener des cadeaux.
Les vendeurs emballent généralement les achats dans du papier journal imprimé en Malayalam ou en Tamoul et attaché avec des bouts de ficelle : c’est le plus beau des papiers cadeaux.

Nous n’avons pas acheté de coupons de tissu, mais il y a un choix énorme et à Madurai des tailleurs vous font des vêtements sur mesure rapidement.

Kochi – Cochin

Nous arrivons à Kochi après … quelques heures de vols. Nous changeons 600 € dans une des banques de l’aéroport (Cf. article sur le change) et prenons un taxi pré-payé pour fort Kochi (45 kms pour 700 rps) ; il nous dépose dans un petit hôtel repéré sur le « Routard » : Spice Holidays (1.000 rps/16 €) : chambres propres sans fioritures avec un petit jardinet et un propriétaire sympa pas avare en renseignements pour éviter de se faire rouler dans la farine par des coquins.
Kochi, malgré la chaleur écrasante d’avant la mousson est une petite ville bien agréable avec un côté provincial reposant. Nous y restons 2 jours avant de partir vers Alapuzzha (Alleppey).
A la fin de notre voyage, nous y retournerons 3 jours et  séjournerons au Spencer Home (800 rps/13 € : prix en baisse du fait de la basse saison qui commençait) : grandes chambres, jardin très sympa pour prendre le petit déjeuner ou rêvasser. l’une de nous voulait aller au  Old Court Yard (3.500 rps) avec la clim et des chambres somptueuses mais bon, il faut faire des concessions dans les voyages à deux.

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A Kochi, on se balade sur le port : les filets chinois, les pêcheurs, les promeneurs du dimanche et les femmes qui tatouent différentes parties du corps avec des tampons trempés de henné…
Pas le temps de dire ouf et je me suis retrouvée avec les 2 mains tatouées alors que  je voulais seulement acheter des tampons.

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C’était très joli, mais pour la lessive, c’était moins bien : le henné ça déteint !
En conclusion, si vous n’avez pas envie de laver vos vêtements, faites-vous tatouer les mains, si vous voyagez avec un compagnon ou une copine sympa, il se sentira obligé de le faire à votre place. Sinon pour les vêtements costauds, le lavage local c’est top et pas cher.

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On déambule dans les ruelles étroites, les petits marchés,  on regarde les passants avec leurs parapluies en guise d’ombrelles.

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On passe devant des portes qui nous font voyager quelques centaines d’années en arrière…

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… Et on revient vite à la réalité devant un tableau qui nous rappelle que le Kerala est l’État indien qui a le taux d’alphabétisation le plus élevé (90%)  et est resté ancré à gauche toute !

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Parfois on croise un animal de compagnie dans le jardin attenant d’un petit temple.

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Et on n’oublie pas que même dans le Kerala où il y a un fort pourcentage de chrétiens, la ferveur religieuse n’a rien à envier aux hindoux.

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Nous étions à Kochi pendant la semaine sainte : des centaines de personnes faisaient la queue pour voir les saints que l’on sort pour l’occasion, la croix était en feu et les plus fervents allaient vers l’autel à genoux. Même agnostique, on ne pouvait qu’être troublé par l’atmosphère de piété intense qui se dégageait à la basilique de Santa Cruz.

Dans le quartier juif, nous sommes passées à côté de la synagogue sans pouvoir y entrer, semaine sainte oblige !

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Les antiquaires, eux n’étaient pas fermés et nous y avons acheté des trésors après des heures de négociations.

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Nous avons visité une petite exploitation familiale d’épices, plus loin un entrepôt de mise en sac du gingembre : plein les yeux et les narines !


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Plein les papilles aussi dans un petit café qui sert les meilleurs pakoras de Kochi, parait-il : nous, on n’est pas des spécialistes mais qu’est-ce qu’ils étaient bons, légers, pas gras et pas besoin d’ustensiles hyper sophistiqués du genre « Atomixer, tourniquette pour faire la vinaigrette ou pistolet à gaufres » pour y arriver …

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Nourritures terrestres mais également spirituelles ; à Kochi on peut assister à des démonstrations de Kalaripayat, ancêtre de la plupart des arts martiaux ; élégance des postures presque chorégraphiées et diablement efficaces. L’une d’entre nous a été invitée à participer à quelques enchaînements. Par respect pour le lecteur, nous ne publions pas de photos. C’est, comment dire … trop moche !

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Enfin le fabuleux Kathakali dont la réputation n’est pas usurpée, et encore nous avons assisté à une présentation touristique mais plutôt bien faite pour les néophytes que nous sommes. Certains touristes qui se sont d’ailleurs distingués par leur attitude abjecte (arrivés en troupeau et en retard pendant la séance de maquillage qui fait partie du spectacle, parlant fort et ingurgitant des chips : bref tout ce qu’on aime) l’une d’entre nous les a engueulé 3 fois avant qu’ils ne se rendent compte qu’ils assistaient à un spectacle et non à un match de foot (on a rien contre le foot) ; l’autre a expliqué à une autre abrutie et avec une maîtrise de soi qui forçait l’admiration que pour prendre des photos, ce n’était pas nécessaire de piétiner les dessins de sable qui venaient juste d’être réalisés. Ça n’a apparemment pas perturbé les artistes très concentrés et probablement habitués à ce genre de comportement irrespectueux.

Alapuzzha et kottayam

Nous sommes arrivées de Kochi à Alleppey par la route (la liaison en ferry n’existe plus) et avons déposé nos sacs à la « Gowry Residence » (600 rps la double, chambre toute à fait correcte, nourriture simple mais bonne et 2 ordinateurs avec internet à disposition : rien à redire !) avant d’aller faire une petite ballade en fin d’après midi vers les canaux, histoire de sentir l’atmosphère. Sur les bords du canal, un homme suit des yeux le passage des barques. Premiers moustiques, premières odeurs mêlées de vase et de jasmin.

Sur le chemin  du retour, nous nous arrêtons dans un petit temple tamoul où se déroule une cérémonie. Les hommes recouverts de poudre orange dansent à petit pas devant des offrandes. Les femmes, un ticket à offrandes à la main rassemblées avec les enfants,  regardent le « spectacle ». La musique n’en finit pas, les prêtres défilent avec des lampes à huile, l’encens nous enveloppe et on nous recouvre le front de cendre et de poudre orange. Nous y sommes resté un bon moment, emportées par le rythme et le temps pour Isabelle de croquer les femmes avec leurs saris multicolores.

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Le lendemain, nous partons vers 5h30 au matin faire une ballade de 4 heures sur une barque. Nous avons préféré cette solution plutôt que les houses boats à moteur, véritable industrie avec des bateaux à touche-touches  qui polluent l’eau et les rives.

Notre « capitaine » avait fière allure et avec son coéquipier posté à l’arrière,  ils nous ont fait visiter les backwater avant la cohue des houses boats.

Tout au long du cours d’eau, les berges fourmillent d’activité ; les femmes lavent le linge et les enfants pêchent, les autres se désaltèrent et tout le monde utilise le fleuve comme une immense salle de bain ...

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... Ou comme un grand séchoir.

Pendant que les écolières vont à l’école avec leur uniforme bien repassé.

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Après notre ballade en pirogue, nous avons quitté Alapuzzha pour Kottayam en ferry, histoire de prolonger le plaisir et pour faire un peu comme les indiens qui utilisent ce moyen de transport comme nous, les autobus. Le bateau « tire des bords » entre les 2 rives et les jacinthes d’eau et les passagers montent et descendent rapidement, quelquefois sautent à bord car le ferry ne marque pas vraiment d’arrêt.

Une seule précaution à prendre pour profiter du trajet : viser une place devant le moteur et la plus éloignée possible pour éviter la fumée et limiter le bruit.

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Nous arrivons à bon port et débarquons …  Nous ne pouvons pas faire autrement d’ailleurs !!!

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Madurai

De kottayam, nous sommes arrivé en fin d’après-midi en taxi à Kumily : petite ville aux portes de Periyar ; une des réserves animalières de Kerala. J’y étais allé il y a 20 ans de cela et j’avais plutôt aimé ; à l’époque, Periyar était surtout un endroit de villégiature locale avec le bien (peu de touristes occidentaux ; ce qui donnait l’impression d’être des explorateurs) et le moins bien ( il valait mieux viser la barque qui avait le moins de familles indiennes dessus : super sympa mais un peu bruyantes, donc difficilement compatibles avec l’observation des animaux qui viennent se désaltérer). Depuis de l’eau a coulé dans le lac et Kumily est devenu le spot touristique de la région : visites guidées de jardins de thé et d’épices, trecks clés en main en bateaux, à pieds, en vélo,  à dos d’éléphant et même en 4×4. Nous sommes parties le lendemain matin pour Madurai. Ce n’était pas vraiment de ça dont on avait envie.

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Madurai

Ville sainte, bruyante, colorée, infernale. Tout tourne autour du temple de Sri Meenaskhi, le cœur  de la ville.

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Un gros coeur :  plus de 5 hectares avec onze gopuram (des tours), un enchevêtrement de couloirs, de galeries, de salles pleines de colonnes, de bassins d’ablutions et d’autels.

Les vendeurs de fleurs dont les indiennes se parent les cheveux où qui sont offertes aux divinités sont aux abords du temple.

Beaucoup de femmes se pressent près de l’entrée. Peut-être y a t-il autant d’hommes mais les saris chamarrés attirent l’œil et on ne voit qu’elles.

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L’idée est d’aller au temple à différentes heures de la journée. Le matin, c’est très animé,

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il y a les mariages, les promesses de mariage, les vœux pour qu’une grossesse s’accomplisse sereinement. Tout le monde vient en famille, se met à l’aise, pique nique, offre des bonbons, des petits bracelets aux passants. Des jeunes filles ont mis au moins 5 minutes pour me passer 3 bracelets au poignet ; elles en ont cassé 2 :  j’avais la sensation désagréable d’être une sorte de monstre.

Au temple, on sert aussi des repas gratuitement à ceux qui le souhaitent et quelque soit leur situation sociale et financière ; les gens attendent leur tour en discutant tranquillement. Les femmes nous demandent de les photographier ; on leur montre le résultat, beaucoup rient de bon cœur et commentent. on a passé un bon moment avec elles.

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Les jeunes mariés se font photographier par toute la famille et les passants.

Certaines ont l’air heureuses …

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  … d’autres … moins !  

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On en profite également pour se faire bénir par l’éléphant de service. Une petite pièce (ou un billet) qu’il prend délicatement avec sa trompe en échange d’une bénédiction « décoiffante » .

Pendant qu’Isabelle croquait son éléphant, j’observais les badauds effarouchés par cet animal placide qui fait et refait les mêmes gestes toute la « sainte  journée » et j’ai vu des gens que je ne citerai pas, profiter de l’inattention de son propriétaire pour induire en erreur le « bénisseur » en faisant semblant de lui donner la pièce.

Dans quel monde vit-on ?


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Un peu partout, des vendeurs d’offrandes : petites lampes à huile que l’on va déposer sur les autels disséminés dans le temple.

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Plus loin, des hommes confectionnent d’autres offrandes : des guirlandes de fleurs à déposer sur les divinités, ou plutôt leur représentation. Ça a l’air rustique comme ça, mais après qu’Isabelle ait pris un des ouvriers en photo, il lui a donné son adresse Mèl. ainsi que ses coordonnées Facebook pour qu’elle lui envoie la photo !

Parfois, un arc en ciel passe subrepticement entre les colonnes !

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 En fin de journée, c’est plus calme.
Les gens papotent à l’intérieur ou dehors, adossés aux énormes piliers.

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Le temps s’écoule tranquillement et les « bancs publics » ont fière allure.

Le soir, le bassin d’ablution est illuminé et on entre dans un autre monde

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Mais Madurai réserve bien d’autres surprises ; au détour d’une rue, la chaussée a été aménagée pour une cérémonie où ce soir là, quelques centaines de femmes sont rassemblées et chantent des Mantras. Certaines partent en transe, c’est impressionnant mais compréhensible ; nous, simples spectatrices étions  littéralement saoulées de musique et de couleurs. Nous sommes restées un bon moment.

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Le lendemain, nous y sommes retournées ; sur le trottoir nous nous sommes fait tirer les cartes par … un perroquet. Il parait que pour chacune de nous, le futur va être top ; enfin c’est ce que l’on a vaguement compris de ce que nous disait en tamoul le propriétaire du volatile médium.

On a vu passer une petite procession puis nous sommes allées au bazar juste en face du temple dont l’entrée est gardée par Nandi, le taureau-monture de Shiva .

Les tailleurs sont installés dans une des ailes du bazar, celle où sont proposés les tissus. Dans une autre, ce sont les chaudrons, les ustensiles de cuisine.

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On a acheté un peu de tissu, des bidules comme les presses-citrons super pratiques et qu’on ne trouve pas en France et nous nous sommes arrêtées fascinées devant le serrurier qui fait des clés avec une lime sur le bord des escaliers. Je lui en ai acheté quelque-unes dans l’idée d’en faire une sculpture un de ces jours.

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Nous sommes également allé à Tiruparankundram, petite bourgade à 8 kms de Madurai qui abrite un joli temple assez couru dans le même style coloré que celui de Madurai mais à taille « humaine » ;  comme nous l’avons visité en fin de journée, la ballade était tranquille. Nous pouvions y aller en bus mais nous sommes laissé séduire par le chant des sirènes ou plutôt de la flemme : un taxi à 300 rps pour 1 heure. Devant, un char de procession imposant et dessous quelques sâdhus qui regardent le temps s’écouler.


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Près du temple,  une sorte d’école pour moinillons avec dans la cour, un bel arbre à offrande.

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Il y en a qui a l’air drôlement pressé ! en retard pour un cours ? rattrapant ses copains que l’on a vu passer quelques instants plus tôt ?


Thanjavur – Tanjore

Arrivée à Tanjore dans un bus chaotique. Nous nous sommes installées à l’hôtel Tamil Nadul, un hôtel d’État où vont essentiellement les indiens. 1.000 rps (15 €)  la chambre double avec AC, plutôt spacieuse et meublée simplement. On peut prendre un petit déjeuner dans la cantine située dans l’enceinte de l’hôtel. Nous avons tout de suite réservé et donc payé d’avance (toujours comme ça dans les hôtels d’État) pour 2 jours car l’hôtel se remplit vite le weekend ; beaucoup de pèlerins vont au temple qui est probablement l’un des plus beaux (sinon le plus beau) du Sud.

Nous nous y sommes rendues dès notre arrivée en fin d’après-midi ; d’étroits tapis de coco tracent les chemins qui permettent aux fidèles et aux touristes occidentaux de marcher au lieu de courir lorsque le soleil tape ; de plus, ici on peut mettre des chaussettes ; remarque triviale certes, devant la majesté du lieu mais qui a son importance (ceux qui ont visité les temple au zénith en comprendront la portée !). Ici comme à Madurai  en semaine et au même moment de la journée, c’est le calme plat, quelques personnes déambulent  sous le soleil déclinant ; le temple de Brihadishwara  construit en granit rosé s’embrase au couchant, de jaune doré, d’orange, de rouge.

Il n’a pas besoin, à l’instar de celui de Madurai de couvertes multicolores, il est « polychromé » par le soleil.
Des petits temples ça et là abritent les conversations ; tout ici est plus intime malgré l’immensité du lieu.

Une longue galerie avec des lingams  de toutes tailles encercle le temple. Les fidèles viennent s’y recueillir, les oindrent de lait, de diverses poudres colorées.

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Sur une pelouse accueillante , les familles se reposent improvisent des piques-niques ; on est loin de la clameur de la ville.

Pour ceux qui ont eu la chance d’aller au Cambodge visiter les temples d’Angkor et alentour et de voyager dans d’autres pays du sud est asiatique, l’architecture et  la statuaire ont des airs de famille avec Brihadishwara. L’ombre des Cholas planent sur la plupart de ces contrées… et protègent les amoureux de Tanjore.

Plus loin une procession … d’écoliers qui se dissipent à notre passage. Rien de nouveau sous le soleil !

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Le lendemain, le palace, sa bibliothèque  et sa galerie d’art. Vérifiez bien les horaires et comptez tout de même au moins 2 heures de visite (si vous aimez les belles bâtisses un peu décrépies et les sculptures).

La bibliothèque est poussiéreuse mais renferme des milliers de manuscrits sur feuille de palmier, des estampes mal mises en valeur mais qui valent le détour. En prime, une atmosphère délicieusement désuète et des gardiens ravis que des touristes y consacrent un peu de temps.
Le palais royal mérite aussi qu’on s’y arrête. On y rêvasse à sa splendeur passée. Une des salles colorée a des recoins habitées par des centaines de chauves-souris ; ma lampe frontale a été utile bien que nous ne nous soyons pas aventurées bien loin : les chauves-souris sentent très mauvais !

Dans une des salles de la tour, une rencontre incongrue avec … un squelette de baleine !

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Dans la galerie d’art, beaucoup d’enfants menées par leurs enseignants qui essayent tant bien que mal de les tenir.
Et pour les petits : tout est étudié, même la taille des éléphants !

Tous les dieux sont là et nous regardent en se déhanchant nonchalamment : des images pour plus tard.

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A quelques kilomètres de là, vers Vallam Road dans le quartier des artisans, nous sommes allées visiter une petite fonderie familiale. La femme originaire du Rajasthan dessine des miniatures sur d’anciennes cartes postales. les couleurs sont naturelles et préparées au fur et à mesure.

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Les hommes travaillent la fonte.  A l’ombre de la forge nous buvons le tchaï en mangeant des beignets de pommes de terre.

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L’après-midi, grande fête au temple en l’honneur de Nandi (la monture de Shiva).

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Beaucoup de vendeuses de fleurs à l’entrée et toujours les couleurs.

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Accueillies par l’éléphant (on notera au passage une nette amélioration dans la maîtrise du dessin animalier),

nous déposons au préalable nos chaussures. Au choix : proprement

… ou de manière plus … artistique.

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A l’intérieur, ce n’est plus la même ambiance que la veille au soir, le monde se presse, s’enduit le front de poudre, achète du lait pour Nandi.

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Les prêtres s’affairent.

A la fin de la cérémonie, le lait déversé sur Nandi s’écoule dans des gouttières et les enfants (plus agiles) le récupèrent.

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Nous sommes parties le lendemain en taxi (Cf. voir nos déboires dans l’article relatif aux transports) vers la région de Munnar via Trichy  ( Tiruchirappalli) ; nous y sommes passées en coup de vent (problèmes gastriques obligent !) ; son fort et son temple principal auraient mérité qu’on y consacre un peu plus de temps.

J’ai « gravi » les 437 marches pour arriver en haut du fort. Bon, il faut relativiser, ce n’est pas si difficile que ça, il fait chaud mais l’air est sec ; en plus il y a pas mal de petites esplanades qui réservent de jolies surprises. En haut, la vue est belle et il y a toujours des écoliers rigolards qui se pressent autour de vous pour se faire photographier et vous dire bonjour.

Dans le grand temple de Sri Ranganathaswani, les prêtres et les fidèles s’affairent, une grande cérémonie se prépare ce soir ; malheureusement nous n’y assisterons pas. Adossé à une colonne, un homme déchire des tissus pour en improviser l’étoupe des futures torches.

Des curieuses essayent de voir derrière les portes (à moins qu’elles n’y déposent des offrandes), sous le regard amusé des petites apsaras.

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Plus loin, des petites filles se restaurent après avoir fait l’offrande de leurs cheveux aux dieux … qui n’en profiteront pas vraiment. Tout est récupéré, transformé et revendu à prix d’or dans les pays occidentaux très friands de perruques et maintenant d’extensions en cheveux naturels. Tant pis pour Shiva.

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Dans la rue, une autre procession colorée qui ouvre le chemin à un homme hameçonné de fruits,  de fioles, de paquets d’épices ; c’est l’élu qui s’offre en sacrifice.

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Tiens, des poussins !!!

La région de Munnar

Nous sommes arrivées à Munnar de nuit après avoir fait, d’après nous environ 320 kms, d’après notre taxi plus de 430 kms (voir l’article sur les taxis !) ; bref.
A 20 kms de Munnar plus exactement près du village de Kallar, dans un home stay sympa avec Babou, le cuisinier, homme à tout faire adorable : Dew Drops farm house (1.500 rps ) : chambre spacieuse avec une vue … à droite, celle que l’on avait de notre véranda qui se passe de commentaires. C’est la région des plantations de café , de cardamome et de toutes sortes d’épices ; les ballades sont agréables, il y fait frais, il y fait « calme »  et la gentillesse des habitants est revigorante.

Notre première visite, à 500 mètres de notre hôtel, a été pour une « nursery » de fleurs malgré l’accès rocambolesque (pour celles qui ont le vertige). On a pas regretté. les propriétaires, délicieux nous ont accueilli, offert le thé, des bananes séchées et expliqué tout ce qu’ils faisaient pousser ;  j’ai presque tout oublié ; heureusement qu’on a gardé les preuves :

C’est aussi ici que l’on a vu les gens utiliser les parapluies pour la pluie.
En cette saison, il pleut tous les jours une demi heure à une heure et c’est bien agréable, pour nous et pour les plantations.

Nous sommes resté à déambuler une journée sur les chemins de terre ocre (on en a ramené de cette terre pour faire … je ne sais pas quoi).

Toujours une surprise au détour de notre promenade.

Un arrêt pour acheter quelque trucs à grignoter.

Un autre pour faire des risettes à un gamin qui manifestement n’a pas vraiment apprécié !! (on peut pas plaire à tout le monde).

Il y a également  pas mal de cascades mais, même s’il pleut un peu dans la journée, on est tout de même à la saison sèche.
Donc après une journée de repos, nous avons affrété un vaillant rickshaw pour une visite de la région avec comme objectif « Top station » , le point culminant des montagnes à cheval sur le Kerala et le Tamil Nadu.

Premier arrêt pour un superbe lac avec quelques touristes locaux.
Pendant qu’Isabelle en brossait un magnifique souvenir (c’est à mon avis, la plus belle aquarelle du voyage),  je m’employais également à développer mes talents artistiques ; à 10 rps les 5 coups, j’allais pas me priver !

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Ensuite, nous ne savions pas où donner de la tête ; les jardins de thés qui moutonnent jusqu’à l’horizon, quelques arbres mauves pour le contraste : pfff !!!

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Dans les champs, les femmes taillaient les têtes des théiers avec des « ciseaux épuisettes », des surjupes en grosse toile pour contenir les feuilles coupées ; nous sommes arrivées au moment de leur pause : quelques photos, quelques croquis, pas mal de rires ; elles nous ont offert le thé, légèrement sucré, un poil fumé ; à Munnar, on en a jamais bu un aussi bon. Un moment de partage.

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Et puis le retour aux champs pour elles et le départ pour nous avec un petit pincement au cœur.

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Quelques kilomètres plus loin, après un chemin chaotique nous sommes arrivées à Top station, ou les marchandes de souvenirs proposent des … légumes !

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Nous avons fait une partie du retour sous la pluie mais au sec (et au chaud), notre rickshaw avait bâché son véhicule. Nous nous sommes tout de même arrêtées à Munnar, petite bourgade bruyante et sans grand intérêt (en tout cas pour nous) si ce n’est la possibilité de faire des massages et d’acheter des épices au marché.

En tout cas, fuyez la visite du musée du thé, propriété de l’omnipotent et omniprésent TATA ; c’est du foutage de gueule caractérisé : on commence par un film à la gloire de Tata qui fait du bon thé et s’occupe bien de ses ouvriers puis le groupe traverse au pas de course 2,3 petites salles meublées de vestiges coloniaux pour faire bien, avant d’être parqué dans une salle pour entendre quelques explications succinctes sur les différentes étapes de la transformation ; « vous avez des questions ? non bon, la boutique est en bas à droite » avec éventuellement la possibilité de « déguster » un thé infect dans des gobelets en plastic. Au revoir et merci de votre visite !!

Nous sommes parties le lendemain visiter la réserve de Chinnar à 60 kms de Munnar et sommes arrivées vers 12 heures : l’heure la plus stupide pour tenter de voir des animaux. Mais notre hôtelier qui nous avait « organisé » la chose (en fait réservé un taxi pour y aller) nous avait dit que les guides, originaires des tribus et donc  paresseux par nature étaient rarement présents le matin !!! Un conseil, contactez le « Forest information Centre » pour réserver une visite. Plusieurs possibilités de treck vous sont proposées par les guides en question en fonction de vos envies et du temps dont vous disposez.

Nous n’avons bien entendu vu aucun animaux mais le paysage était grandiose.

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Nous avons croisé la mère de notre guide qui garde les chèvres dans les collines, admiré le paysage et pour ce qui me concerne, marché sur une grosse crotte d’éléphant ; même du pied droit, ça ne fait pas plaisir.

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Retour sans souci, on en a pris encore plein les yeux et les seuls animaux que nous avons vu ce sont ces singes pas franchement engageants, à moins qu’ils n’aient été paniqué à notre passage … décidément!

La boite à curiosités d’Isabelle

Au début, il y a une minuscule boite de chocolat emmenée au milieu de mon capharnaüm d’illustratrice-voyageuse : une boite d’aquarelle, un carnet, non deux carnets, un pour écrire et un autre pour poser mes couleurs, celles qui vont s’accrocher à mon regard, mes pinceaux, mon vieux porte mine, celui de mon enfance, un tout petit bout de gomme, un petit récipient pour l’eau et puis un guide de voyage que je n’ouvrirai comme à chaque fois qu’une fois assise bien calée dans mon siège, quand lassée de la vue des nuages, trop blancs, une ombre de sérieux m’aura rappelé que je pars pour une  destination inconnue pour un voyage comme à chaque fois jamais préparé. Les rêves et un billet d’avion suffisent  pour porter les premiers pas de l’envie et de la découverte…

La petite boite pleine de douceurs sucrées est devenue, au fil de mon voyage, comme mon carnet d’aquarelle, le réceptacle privilégié de cette escapade indienne. Chaque jour, j’ai glané « un petit machin »  et tous, ensembles leurs odeurs et leurs couleurs mélangées, ils ont composé le parfum sensible de mon voyage.

Et lorsque j’ai soulevé le couvercle alors…

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Je suis une pâte en forme d’étoile, orange. Ma forme est étrange, mais au pays des mille couleurs quoi de plus normal. Il y en a des vertes, des jaunes, des rouges.  Des blanches ?  Jamais, c’est trop ordinaire. J’ai été trouvée dans un grand sac de jute, dans une ruelle poussiéreuse chez un épicier d’une ville que l’on nomme Madurai : quelque part dans le Tamil Nadu.

Je suis arrivée la première, dans la petite boite marron. Elle avait décidé de ramasser des petites choses de son voyage.
Elle est comme ça ! Idée bizarre diront certains, pas très hygiénique, poétique diront d’autres.
Ce qui est certain c’est que je n’étais pas mécontente de quitter ma rue bruyante pour rejoindre le calme de la petite boite douillette.

Cela faisait à peine une journée que j’avais pris place, ballottée par les secousses des transports en commun, quand un rayon de lumière est venu me tirer de ma torpeur. Elle a soulevé le couvercle quand j’ai vu les nouveaux arrivants.
Enfin, car je commençais à vraiment m’ennuyer dans la pénombre de la petite boite marron.

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Nous, les petites brisures d’anis étoilé, nous étions bien calées dans une caisse en bois, dans une boutique de Kottayam.
Nous attendions d’être vendues. Alanguies au soleil, on ne se privait pas d’exhaler notre parfum délicat, pour capter l’attention des passants. Elle est passée par là et sa curiosité l’a poussée à poser sa main dans la caisse de bois pour mieux nous sentir.

Le mouvement de sa main, nous a réveillées dans un courant presque marin. Nous nous faufilions délicatement entre ses doigts. C’était tellement amusant. Je crois qu’elle était très intriguée par notre forme. Le propriétaire de l’échoppe était trop occupé à ranger des grands ballots de feuilles de tabac et n’avait pas fait attention  à elle, déambulant  dans l’entrepôt. Quand il l’aperçut, il lui fit signe de saisir quelques-unes d’entre nous. Il n’a même pas grogné contre cette intruse qui s’amusait à enfoncer ses mains dans les caisses de bois pour s’approprier les matières de ces épices qu’elle ne connaissait qu’emprisonnées dans des petites bouteilles de verre dans les rayons des épiceries parisiennes. Et puis, nous étions tellement nombreuses dans notre caisse, que trois d’entre nous en moins ne manqueraient à son négoce. C’est comme cela ici. Là, devait commencer notre premier voyage hors de l’échoppe du quartier des épices de Kottayam.

Au suivant, elle nous a dit en nous jetant dans la boite marron…

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Ce matin, dans le grand temple coloré de Madurai, près du grand bassin, il y a une grande animation.  Ils sont tous là rassemblés autour des mariés. Aux quatre coins du vaste corridor, les futurs mariés s’unissent, richement vêtus de fleurs et de dorure, entourés de leur famille. Les rires se faufilent dans les fumées d’encens ; des femmes sourient et moi la petite décoration de papier je m’associe à leur bonheur célébré à l’ombre de Shiva. J’ai été confectionnée le matin même, assemblage de papiers multicolores. Découpée de façon si adroite à l’aide d’une immense paire de ciseaux. Je m’accroche à la couronne de fleurs orange et rose avec ma petite agrafe mais l’animation est telle que je suis prise à partie et on m’envoie valdinguer. Tout le monde se bouscule pour être au plus proche des mariés pour entrer dans le cadre du photographe.

On se frotte, se glisse, on s’approche, on se sert, on se lève sur la pointe des pieds, on joue des coudes, on se campe bien sur ses talons pour être droits, car on est fier d’être là aujourd’hui.  Et moi, tout le monde m’oublie. Me voilà piétinée et bientôt abandonnée dans le vase corridor quand les mariés sont allés plus loin vers le grand bassin demander la bénédiction de Nandi, le taureau divin. J’ai bonne figure maintenant, avec mes petits cercles colorés, oubliée de tous. Mais par chance, je ne peux échapper à son œil curieux. Et en un mouvement je suis ramassée et déposée au fond de la boite marron avec un papier de bonbon orange.

Les bonbons sont offerts un tout petit peu plus loin aux visiteurs par une jeune femme accompagnée de ses sœurs pour bénir la naissance de son prochain enfant. Ses amies accostent les passantes et leur glissent autour de leurs poignets fins des bracelets de plastique doré. Tous ces présents offerts à des inconnues pour s’assurer que les dieux seront présents pendant les deux derniers mois et accompagner l’arrivée de l’enfant vers la cohue du monde extérieur. C’est certain la générosité de la jeune fille assurera la bienveillance des dieux.

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Quant à moi la petite bouteille remplie d’un élixir miraculeux de couleur verte, je suis apparue dans cette histoire, dans un bus chaotique.
Mon baratineur-vendeur m’a vendu pour presque rien entre Kochi et Kumily.
S’agrippant tant bien que mal au bord des sièges de skaï usé, sa besace en bandoulière, il interpelle les voyageurs avec assurance, un large sourire affiché sur sa face de baratineur, les sortant de la torpeur d’un voyage qui n’en finit pas. Avec sa voix qui concurrence les coups de klaxons que le chauffeur assène à chaque virage, il me brandit en décrivant de large cercle avec ses bras pour qu’aucun des voyageurs ne manquent le spectacle de sa démonstration. Il est tellement habile avec ses mots et son air convaincant qu’il n’a aucun mal à me fourguer à deux touristes qui avaient pris place dans les rangées du bus. Ma courte vie indienne me prédisait que je resterais ici dans le Kerala.

Acquise pour dix roupies, gardée précieusement pour guérir tous les maux de mes propriétaires, et rien n’aurait pu me laisser imaginer que je m’envolerai au dessus des océans, mais là c’est une autre histoire…

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Moi, je me présente, petite, ronde et rouge. Je suis la petite boite qui contient la poudre rouge indispensable aux bénédictions.
On me retrouve partout à l’entrée des temples et sur les autels de dévotion devant lesquels les femmes accompagnées de leurs chants, adressent leurs prières vers des cieux plus cléments. Les Dieux nous oublient souvent et la dureté de cette terre réclame des offrandes, des chants, des ors, la douceur du lait pour calmer les caprices d’un monde qui ne nous épargnera sans doute pas.

Je ne suis pas seule dans cette lourde tache et mes amies les pastilles d’ocre, récupérées dans le grand temple de Tanjore m’ont rejointes, moi qui faisait le voyage seule depuis Madurai.

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Qui je suis ? Moi, la toute ronde et avec son aspect granuleux : une perle de bois, une graine d’un fruit inconnu, un porte-bonheur, c’est certain. Rien ne laisse supposer avec mon apparence de perle bien banale que je suis plus convoitée que l’or ou que la plus extraordinaire des pierres précieuses. Les élèves de temple de Tiruparankundram, ne s’y sont pas trompés et me portent autour de leur cou, traversée par un fin cordon de coton rouge et j’adore rebondir sur leur peau couleur de cuivre quand ils courent en riant et traversent la grand cour ombragée près du lac.
Quant aux sadhous, ces hommes sages, ils se parent de mes semblables, nombreuses, pendues au dessus du plissé gracieux des pièces de coton qui entourent leurs corps maigres. Assis en tailleur à l’ombre des temples, silencieux dans leurs drapés oranges, leur regard porté au loin vers des univers que nous ne soupçonnons pas : ils attendent les offrandes laissées par les fidèles.

Elle s’est présentée au marchand du temple,  celui qui vend des boites à prières électriques. La négociation était difficile, car il savait bien qu’il était le seul à vendre ces drôles de machines qui balançaient à tue tête la même mélodie accompagnée de voix criardes. Si elle n’a pas réussi à faire baisser le prix elle a quand même obtenu de me récupérer, elle m’a glissé avec sa monnaie dans sa poche, préalable à mon transfert vers la boite marron qui n’a su tarder. Assise sur son lit, elle a sorti de ses poches les trouvailles de sa journée,  morceaux de papier, bouts de ficelle et de tissus ramassés ci et là. Après les avoir étalés au creux de sa main, elle m’a choisi. Avec adresse, j’ai roulé le long de sa main et  j’ai fait mon entrée ce jour là dans la petite boite marron.

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Petit morceau de papier doré, j’ornais le plafond du temple de Kochi avec des centaines de mes comparses.
Accrochés tel des chauves-souris, la tête en bas, nous laissons le vent s’amuser de notre légèreté et nous faire vibrer de la plus belle harmonie. Moins costaud que les autres, j’ai lâché prise et je suis laissé porter par la brise et j’ai glissé dans un doux  tourbillon, en longeant les fresques murales ornées d’animaux et de dieux étranges et colorés, pour rejoindre lentement le sol jonché de pétales roses.

Elle passait par là au même moment et n’a pas manqué de me repérer ; les quelques rayons de soleil qui se faufilaient entre les colonnes me faisait vibrer d’un éclat qui ne pouvait qu’attirer son regard de pie voleuse.  J’ai trouvé ainsi des nouveaux compagnons de voyage dans la boite marron et quel beau voyage nous avons commencé à accomplir. Pour les divertir je leur ai raconté dans la pénombre de la boite les cérémonies nocturnes, celles où les hommes prouvent leur courage aux dieux en affrontant les flammes d’un feu sacré sous le regard admiratif de leurs enfants. Comment les mains battent les tambours, comment le rythme des instruments de musique impose aux fidèles une ferveur jusqu’à la transe. Comment les notes s’échappent des flûtes et envoûtent ceux qui ont peur d’affronter les blessures des sabres sur leur corps. Comment la musique s’enroule autour des corps et des âmes, prenant possession tout  au long des heures de la nuit, de ceux qu’elle veut mener au plus près du langage des dieux, sous les regards endurcis des anciens qui n’admettent aucun manquement à la tradition.

Nous nous sommes tous endormis, silencieux, l’odeur du beurre rance des lampes était là pour nous accompagner dans notre sommeil qui nous le savions serait de courte durée …la route était encore longue avant de quitter notre terre indienne…

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Nous étions alors à Allepey, il faisait si chaud à l’extérieur du temple. Elles sont arrivées juste après nous.

Elles étaient toutes mignonnes ces allumettes à tige de cire. Blotties les unes contre les autres, elles n’arrêtaient pas de pipeletter. Elles étaient nombreuses, serrées les unes conte les autres dans leur boite en carton jaune et rouge et ce n’était pas aisé pour elles de rester ainsi sans rien dire. Elles avaient tellement chaud, qu’elles se collaient de façon indécente les unes aux autres.

Nous n’osions pas imaginer ce qui pouvait se passer dans la boite d’allumettes qui avait pris place à nos côtés.
N’en pouvant plus de les entendre troubler notre tranquillité, nous nous y sommes tous mis et d’un même élan nous avons bousculé la boite d’allumettes et nous l’avons envoyée valdinguer au fond de la boite marron. Elles se sont alors vite calmées car nous les avons menacées, si elles n’arrêtaient pas leurs bavardages insupportables, de les renvoyer là d’où elles venaient, dans une petite boutique sans prétention à côté du temple de Madurai. Comment elles osaient venir troubler notre voyage tranquille et douillet par un flot de paroles de perruches qui jacassent. Même les perroquets verts qui accompagnent les devins devant les temples, sont plus silencieux et n’osent troubler la quiétude des temples. Ils se contentent de livrer leurs prédictions en poussant délicatement et en silences les cartes pour livrer les secrets de leurs prédictions aux passants qui les consultent.  Elles ont vite compris que nous étions sérieux et le calme est immédiatement revenu. Maintenant, elles ne font plus aucun bruit.
Elles attendent sagement que le petit tiroir qui les contient glisse doucement pour leur faire voir une lumière différente, bleutée, celle d’une ville appelée Paris.

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Moi, je suis doux et soyeux. D’une couleur éblouissante, orange, de cet orange que je partage avec le petit sachet de poudre qui m’accompagnait dans le temple de Trichi.
Pendu au soleil, j’avais hâte que l’on m’achète, trop peureux de perdre l’éclat de ma couleur sublime sous les rayons d’un soleil trop violent. Vous allez me dire que je suis un peu trop coquet, et pas vraiment modeste quand je vous raconte que je suis doux, soyeux et éblouissant. Mais, nous sommes des centaines à quitter le temple enroulé autour des poignets de fidèles et la concurrence est dure pour être choisi et quitter enfin  la position inconfortable qui est la nôtre. Il faut dire que le soleil à Trichi est plus fort qu’ailleurs et les pierres nous renvoient le feu de la chaleur et rend encore plus difficile l’attente d’être enfin choisis.
Quand des doigts habiles m’ont détaché, mon calvaire était enfin terminé. Je m’interrogeais sur quel poignet j’allais m’enrouler et poursuivre des jours plus ou moins paisibles, un petit nœud en guise d’amarre.

J’ai pris peur quand j’ai vu autour du poignet de mon nouveau propriétaire des dizaines rangs de perles bleues africaines.  Comment j’allais réussir à  faire ma place, coincé au milieu de ces bracelets inconnus. On raconte tellement d’histoire de sorcier, de magie sur ce continent. Je sais j’étais un peu stupide, mais comprenez-moi, je n’avais jamais quitté le temple de Trichi, j’étais tellement ignorant…L’angoisse m’avait pris, j’étais paniqué. Quand le couvercle de la boite marron et s’est soulevé, elle m’a alors glissé dans la boite marron. J’étais vraiment soulagé. J’ai enroulé quelques clous de girofle et grains de poivre récoltés dans une épicerie de Madurai. Dans la quiétude, rassuré, ils m’ont raconté comment ils étaient nés là-bas dans les montagnes, à l’ombre des grands arbres. Ils étaient réveillés le matin par le chant des oiseaux multicolores et par la fraîcheur de la brume qui s’accroche aux cimes des arbres de la foret pour les envelopper de leurs mystères. Ils m’ont raconté l’odeur des théiers recroquevillés en boule d’un vert intense qui embaument les collines verdoyantes.

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Une feuille de thé était parmi nous pour en témoigner. Elle aussi faisait partie du voyage. Elle avait perdu tout son éclat, sa palette de verts qui l’habillait s’était ternie. Elle était la plus fragile et la moindre secousse menaçait de la briser en mille éclats.  Elle s’était blottie au fond de la boite, silencieuse, nous n’avions même pas soupçonné sa présence trop discrète. Asséchée par l’air et le manque d’humidité, elle attendait silencieuse. Si elle a pris la peine de nous raconter son pays et ses collines verdoyantes de Munnar, c’est qu’elles lui manquaient tellement. Nous entendions presque le bruit des cascades qui dévalent le flanc des montagnes et poursuivent leur route jusqu’aux pentes  des collines, épousant leurs courbes pour venir mourir au pied des plantations. Son récit nous a apporté la fraîcheur qui a rendu notre voyage plus confortable car nous commencions à être vraiment nombreux dans la boite marron.

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Une petite feuille volante aux allures d’insecte ou d’aile de papillon nous a rejoint, échappée de la réserve de Chinnar.
Elle était encore apeurée de sa rencontre  avec les éléphants et les bisons qui hantent la forêt la nuit.

Au petit matin, elle nous a raconté qu’il ne restait de leur passage que la trace de leurs empreintes.  Le jour où elle fût ramassée, ce jour-là, une gardienne de chèvres, cramponnée à son bâton s’était  arrêtée près de son arbre pour échanger avec la fille et sa petite boite marron. Elles avaient entamé un dialogue de gestes, de mots faits de regards.  Le ciel saturé par une couleur acier menaçait de faire exploser un orage et une pluie diluvienne qui aurait été la bienvenue.
Leurs pas faisaient craquer le chemin recouvert de feuilles asséchées. Les chèvres avaient du mal à dénicher quelques brins d’herbe. Oui, la pluie serait la bienvenue. La petite feuille s’était décrochée, avait virevoltée comme un hélicoptère et avait fait son atterrissage forcé sur le chemin du retour. Ses drôles de tâches couleur de terre, avait attiré un regard curieux qui l’avait mené jusqu’à la boite marron.
Nous pensions être au complet quand ils sont arrivés à la fin de notre périple.

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Lui, il affichait avec prétention qu’il valait 2 millions de roupies. Pas moins que cela !! Monsieur « super star », c’est comme cela qu’il voulait qu’on l’appelle. Non seulement d’afficher ses airs prétentieux de billet de loterie super gagnant, il prenait toute la place dans la boite marron. Et voilà qu’à peine arrivé, il s’étalait déjà de toute sa longueur, nous empêchant de respirer.
Nous nous y sommes tous mis et en deux temps et trois mouvements, nous l’avons plié en deux et de tout notre poids l’avons plaqué au fond de la boite marron.
Bien sur, Monsieur était plein de promesse, mais nous n’avons pas manqué l’occasion de lui rappeler que si il était là avec nous aujourd’hui, c’est qu’il était avant tout un perdant. Car si Monsieur le billet super star avait été gagnant il n’aurait pas été abandonné vulgairement au pied d’un rickshaw. Car c’est bien de là qu’il venait ce billet prétentieux.

L’effet a été immédiat et nous lui avions bien rabattu son caquet à ce Monsieur qui a vite compris que le voyage serait long et qu’il n’avait surtout pas intérêt à prendre trop de place. Il s’est fait tout petit, s’est aplati au plus près des parois de la boite marron et il ne s’est plus manifesté de tout le voyage. Nous nous sommes tous assis sur lui et il n’a pas bronché. Comme nous lui avions donné une leçon d’humilité à ce Monsieur trop prétentieux !

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Nous étions tous prêt à l’accueillir.
C’est à ce moment qu’elle a fait son entrée majestueuse avec son instrument de  musique. Elle était minuscule et tellement élégante dans son habit de bronze. Elle s’est posée au milieu de nous et a commencé à jouer de son instrument. Depuis, elle n’a  jamais cessé de jouer.
La nuit, elle laisse échapper des douces mélodies qui enchantent nos rêves. Sa musique est à notre cœur comme ce miel  qui coule pour le bonheur des insectes de nos grandes forêts. Elle réveille nos sens, comme les épices de notre pays. Elle nous invite à chaque fois aux voyages les plus fous et convie les dieux au panthéon de la vie. Sa musique est un charme et nous parle plus que n’importe quelles paroles ou poèmes.
Ses notes nous ramènent à l’endroit de notre naissance et ensemble nous revenons au début de notre voyage. Nous sommes quelque fois un peu nostalgique et notre pays nous manque avec ses couleurs, ses lumières, ses chants, ses odeurs, ses brouhahas et ses histoires de dieux et de déesses, de folie et d’amour.

Un jour,  peut-être que nous accueillerons dans notre boite marron, lors d’un prochain voyage, d’autres compagnons, d’autres histoires… Nous avons hâte …

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Nous sommes maintenant tous là, immobiles pour l’instant dans notre boite marron.
Nous attendons le moment où nous nous réveillerons, quelque part dans un monde qui nous sera nouveau, habillé de ces mystères et d’un peu de cette crainte qui accompagnent les commencements et la découverte. Nous allons descendre dans quelques instants de notre avion.

Nous sommes arrivés. L’aventure continue…le voyage aussi …

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La boite marron est arrivée à Paris un soir d’avril. Quand j’ai soulevé le couvercle, ils étaient tous là. Les odeurs et les histoires qui accompagnaient chacun d’entre eux étaient restées intactes comme tout au long de mon voyage.
J’ai aimé les retrouver, même si j’avais quelques scrupules à les avoir cantonnés dans un espace aussi réduit.  De temps  en temps, je n’oublie pas de soulever le couvercle pour y faire rentrer la lumière … Je les aime vraiment beaucoup …

Petit morceau de papier doré, j’ornais le plafond du temple de Kochi avec des centaines de mes comparses.
Accrochés tel des chauves-souris, la tête en bas, nous laissons le vent s’amuser de notre légèreté et nous faire vibrer de la plus belle harmonie. Moins costaud que les autres, j’ai lâché prise et je suis laissé porter par la brise et j’ai glissé dans un doux  tourbillon, en longeant les fresques murales ornées d’animaux et de dieux étranges et colorés, pour rejoindre lentement le sol jonché de pétales roses. Elle passait par là au même moment et n’a pas manqué de me repérer ; les quelques rayons de soleil qui se faufilaient entre les colonnes me faisait vibrer d’un éclat qui ne pouvait qu’attirer son regard de pie voleuse.  J’ai trouvé ainsi des nouveaux compagnons de voyage dans la boite marron et quel beau voyage nous avons commencé à accomplir. Pour les divertir je leur ai raconté dans la pénombre de la boite les cérémonies nocturnes, celles où les hommes prouvent leur courage au dieux en affrontant les flammes d’un feu sacré sous le regard admiratif de leurs enfants. Comment les mains battent les tambours, comment le rythme des instruments de musique impose aux fidèles une ferveur jusqu’à la transe. Comment les notes qui s’échappent des flûtes et envoûtent ceux qui ont peur d’affronter les blessures des sabres sur leur corps. Comment la musique, s’enroule autour des corps et des âmes, prenant possession tout  au long des heures de la nuit, de ceux qu’elle veut mener au plus près du langage des dieux, sous les regards endurcis des anciens qui n’admettent aucun manquement à la tradition.
Nous nous sommes tous endormis, silencieux, l’odeur du beurre rance des lampes était là pour nous accompagner dans notre sommeil qui nous le savions serait de courte durée …la route était encore longue avant de quitter notre terre indienne…