Au début, il y a une minuscule boite de chocolat emmenée au milieu de mon capharnaüm d’illustratrice-voyageuse : une boite d’aquarelle, un carnet, non deux carnets, un pour écrire et un autre pour poser mes couleurs, celles qui vont s’accrocher à mon regard, mes pinceaux, mon vieux porte mine, celui de mon enfance, un tout petit bout de gomme, un petit récipient pour l’eau et puis un guide de voyage que je n’ouvrirai comme à chaque fois qu’une fois assise bien calée dans mon siège, quand lassée de la vue des nuages, trop blancs, une ombre de sérieux m’aura rappelé que je pars pour une  destination inconnue pour un voyage comme à chaque fois jamais préparé. Les rêves et un billet d’avion suffisent  pour porter les premiers pas de l’envie et de la découverte…

La petite boite pleine de douceurs sucrées est devenue, au fil de mon voyage, comme mon carnet d’aquarelle, le réceptacle privilégié de cette escapade indienne. Chaque jour, j’ai glané « un petit machin »  et tous, ensembles leurs odeurs et leurs couleurs mélangées, ils ont composé le parfum sensible de mon voyage.

Et lorsque j’ai soulevé le couvercle alors…

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Je suis une pâte en forme d’étoile, orange. Ma forme est étrange, mais au pays des mille couleurs quoi de plus normal. Il y en a des vertes, des jaunes, des rouges.  Des blanches ?  Jamais, c’est trop ordinaire. J’ai été trouvée dans un grand sac de jute, dans une ruelle poussiéreuse chez un épicier d’une ville que l’on nomme Madurai : quelque part dans le Tamil Nadu.

Je suis arrivée la première, dans la petite boite marron. Elle avait décidé de ramasser des petites choses de son voyage.
Elle est comme ça ! Idée bizarre diront certains, pas très hygiénique, poétique diront d’autres.
Ce qui est certain c’est que je n’étais pas mécontente de quitter ma rue bruyante pour rejoindre le calme de la petite boite douillette.

Cela faisait à peine une journée que j’avais pris place, ballottée par les secousses des transports en commun, quand un rayon de lumière est venu me tirer de ma torpeur. Elle a soulevé le couvercle quand j’ai vu les nouveaux arrivants.
Enfin, car je commençais à vraiment m’ennuyer dans la pénombre de la petite boite marron.

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Nous, les petites brisures d’anis étoilé, nous étions bien calées dans une caisse en bois, dans une boutique de Kottayam.
Nous attendions d’être vendues. Alanguies au soleil, on ne se privait pas d’exhaler notre parfum délicat, pour capter l’attention des passants. Elle est passée par là et sa curiosité l’a poussée à poser sa main dans la caisse de bois pour mieux nous sentir.

Le mouvement de sa main, nous a réveillées dans un courant presque marin. Nous nous faufilions délicatement entre ses doigts. C’était tellement amusant. Je crois qu’elle était très intriguée par notre forme. Le propriétaire de l’échoppe était trop occupé à ranger des grands ballots de feuilles de tabac et n’avait pas fait attention  à elle, déambulant  dans l’entrepôt. Quand il l’aperçut, il lui fit signe de saisir quelques-unes d’entre nous. Il n’a même pas grogné contre cette intruse qui s’amusait à enfoncer ses mains dans les caisses de bois pour s’approprier les matières de ces épices qu’elle ne connaissait qu’emprisonnées dans des petites bouteilles de verre dans les rayons des épiceries parisiennes. Et puis, nous étions tellement nombreuses dans notre caisse, que trois d’entre nous en moins ne manqueraient à son négoce. C’est comme cela ici. Là, devait commencer notre premier voyage hors de l’échoppe du quartier des épices de Kottayam.

Au suivant, elle nous a dit en nous jetant dans la boite marron…

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Ce matin, dans le grand temple coloré de Madurai, près du grand bassin, il y a une grande animation.  Ils sont tous là rassemblés autour des mariés. Aux quatre coins du vaste corridor, les futurs mariés s’unissent, richement vêtus de fleurs et de dorure, entourés de leur famille. Les rires se faufilent dans les fumées d’encens ; des femmes sourient et moi la petite décoration de papier je m’associe à leur bonheur célébré à l’ombre de Shiva. J’ai été confectionnée le matin même, assemblage de papiers multicolores. Découpée de façon si adroite à l’aide d’une immense paire de ciseaux. Je m’accroche à la couronne de fleurs orange et rose avec ma petite agrafe mais l’animation est telle que je suis prise à partie et on m’envoie valdinguer. Tout le monde se bouscule pour être au plus proche des mariés pour entrer dans le cadre du photographe.

On se frotte, se glisse, on s’approche, on se sert, on se lève sur la pointe des pieds, on joue des coudes, on se campe bien sur ses talons pour être droits, car on est fier d’être là aujourd’hui.  Et moi, tout le monde m’oublie. Me voilà piétinée et bientôt abandonnée dans le vase corridor quand les mariés sont allés plus loin vers le grand bassin demander la bénédiction de Nandi, le taureau divin. J’ai bonne figure maintenant, avec mes petits cercles colorés, oubliée de tous. Mais par chance, je ne peux échapper à son œil curieux. Et en un mouvement je suis ramassée et déposée au fond de la boite marron avec un papier de bonbon orange.

Les bonbons sont offerts un tout petit peu plus loin aux visiteurs par une jeune femme accompagnée de ses sœurs pour bénir la naissance de son prochain enfant. Ses amies accostent les passantes et leur glissent autour de leurs poignets fins des bracelets de plastique doré. Tous ces présents offerts à des inconnues pour s’assurer que les dieux seront présents pendant les deux derniers mois et accompagner l’arrivée de l’enfant vers la cohue du monde extérieur. C’est certain la générosité de la jeune fille assurera la bienveillance des dieux.

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Quant à moi la petite bouteille remplie d’un élixir miraculeux de couleur verte, je suis apparue dans cette histoire, dans un bus chaotique.
Mon baratineur-vendeur m’a vendu pour presque rien entre Kochi et Kumily.
S’agrippant tant bien que mal au bord des sièges de skaï usé, sa besace en bandoulière, il interpelle les voyageurs avec assurance, un large sourire affiché sur sa face de baratineur, les sortant de la torpeur d’un voyage qui n’en finit pas. Avec sa voix qui concurrence les coups de klaxons que le chauffeur assène à chaque virage, il me brandit en décrivant de large cercle avec ses bras pour qu’aucun des voyageurs ne manquent le spectacle de sa démonstration. Il est tellement habile avec ses mots et son air convaincant qu’il n’a aucun mal à me fourguer à deux touristes qui avaient pris place dans les rangées du bus. Ma courte vie indienne me prédisait que je resterais ici dans le Kerala.

Acquise pour dix roupies, gardée précieusement pour guérir tous les maux de mes propriétaires, et rien n’aurait pu me laisser imaginer que je m’envolerai au dessus des océans, mais là c’est une autre histoire…

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Moi, je me présente, petite, ronde et rouge. Je suis la petite boite qui contient la poudre rouge indispensable aux bénédictions.
On me retrouve partout à l’entrée des temples et sur les autels de dévotion devant lesquels les femmes accompagnées de leurs chants, adressent leurs prières vers des cieux plus cléments. Les Dieux nous oublient souvent et la dureté de cette terre réclame des offrandes, des chants, des ors, la douceur du lait pour calmer les caprices d’un monde qui ne nous épargnera sans doute pas.

Je ne suis pas seule dans cette lourde tache et mes amies les pastilles d’ocre, récupérées dans le grand temple de Tanjore m’ont rejointes, moi qui faisait le voyage seule depuis Madurai.

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Qui je suis ? Moi, la toute ronde et avec son aspect granuleux : une perle de bois, une graine d’un fruit inconnu, un porte-bonheur, c’est certain. Rien ne laisse supposer avec mon apparence de perle bien banale que je suis plus convoitée que l’or ou que la plus extraordinaire des pierres précieuses. Les élèves de temple de Tiruparankundram, ne s’y sont pas trompés et me portent autour de leur cou, traversée par un fin cordon de coton rouge et j’adore rebondir sur leur peau couleur de cuivre quand ils courent en riant et traversent la grand cour ombragée près du lac.
Quant aux sadhous, ces hommes sages, ils se parent de mes semblables, nombreuses, pendues au dessus du plissé gracieux des pièces de coton qui entourent leurs corps maigres. Assis en tailleur à l’ombre des temples, silencieux dans leurs drapés oranges, leur regard porté au loin vers des univers que nous ne soupçonnons pas : ils attendent les offrandes laissées par les fidèles.

Elle s’est présentée au marchand du temple,  celui qui vend des boites à prières électriques. La négociation était difficile, car il savait bien qu’il était le seul à vendre ces drôles de machines qui balançaient à tue tête la même mélodie accompagnée de voix criardes. Si elle n’a pas réussi à faire baisser le prix elle a quand même obtenu de me récupérer, elle m’a glissé avec sa monnaie dans sa poche, préalable à mon transfert vers la boite marron qui n’a su tarder. Assise sur son lit, elle a sorti de ses poches les trouvailles de sa journée,  morceaux de papier, bouts de ficelle et de tissus ramassés ci et là. Après les avoir étalés au creux de sa main, elle m’a choisi. Avec adresse, j’ai roulé le long de sa main et  j’ai fait mon entrée ce jour là dans la petite boite marron.

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Petit morceau de papier doré, j’ornais le plafond du temple de Kochi avec des centaines de mes comparses.
Accrochés tel des chauves-souris, la tête en bas, nous laissons le vent s’amuser de notre légèreté et nous faire vibrer de la plus belle harmonie. Moins costaud que les autres, j’ai lâché prise et je suis laissé porter par la brise et j’ai glissé dans un doux  tourbillon, en longeant les fresques murales ornées d’animaux et de dieux étranges et colorés, pour rejoindre lentement le sol jonché de pétales roses.

Elle passait par là au même moment et n’a pas manqué de me repérer ; les quelques rayons de soleil qui se faufilaient entre les colonnes me faisait vibrer d’un éclat qui ne pouvait qu’attirer son regard de pie voleuse.  J’ai trouvé ainsi des nouveaux compagnons de voyage dans la boite marron et quel beau voyage nous avons commencé à accomplir. Pour les divertir je leur ai raconté dans la pénombre de la boite les cérémonies nocturnes, celles où les hommes prouvent leur courage aux dieux en affrontant les flammes d’un feu sacré sous le regard admiratif de leurs enfants. Comment les mains battent les tambours, comment le rythme des instruments de musique impose aux fidèles une ferveur jusqu’à la transe. Comment les notes s’échappent des flûtes et envoûtent ceux qui ont peur d’affronter les blessures des sabres sur leur corps. Comment la musique s’enroule autour des corps et des âmes, prenant possession tout  au long des heures de la nuit, de ceux qu’elle veut mener au plus près du langage des dieux, sous les regards endurcis des anciens qui n’admettent aucun manquement à la tradition.

Nous nous sommes tous endormis, silencieux, l’odeur du beurre rance des lampes était là pour nous accompagner dans notre sommeil qui nous le savions serait de courte durée …la route était encore longue avant de quitter notre terre indienne…

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Nous étions alors à Allepey, il faisait si chaud à l’extérieur du temple. Elles sont arrivées juste après nous.

Elles étaient toutes mignonnes ces allumettes à tige de cire. Blotties les unes contre les autres, elles n’arrêtaient pas de pipeletter. Elles étaient nombreuses, serrées les unes conte les autres dans leur boite en carton jaune et rouge et ce n’était pas aisé pour elles de rester ainsi sans rien dire. Elles avaient tellement chaud, qu’elles se collaient de façon indécente les unes aux autres.

Nous n’osions pas imaginer ce qui pouvait se passer dans la boite d’allumettes qui avait pris place à nos côtés.
N’en pouvant plus de les entendre troubler notre tranquillité, nous nous y sommes tous mis et d’un même élan nous avons bousculé la boite d’allumettes et nous l’avons envoyée valdinguer au fond de la boite marron. Elles se sont alors vite calmées car nous les avons menacées, si elles n’arrêtaient pas leurs bavardages insupportables, de les renvoyer là d’où elles venaient, dans une petite boutique sans prétention à côté du temple de Madurai. Comment elles osaient venir troubler notre voyage tranquille et douillet par un flot de paroles de perruches qui jacassent. Même les perroquets verts qui accompagnent les devins devant les temples, sont plus silencieux et n’osent troubler la quiétude des temples. Ils se contentent de livrer leurs prédictions en poussant délicatement et en silences les cartes pour livrer les secrets de leurs prédictions aux passants qui les consultent.  Elles ont vite compris que nous étions sérieux et le calme est immédiatement revenu. Maintenant, elles ne font plus aucun bruit.
Elles attendent sagement que le petit tiroir qui les contient glisse doucement pour leur faire voir une lumière différente, bleutée, celle d’une ville appelée Paris.

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Moi, je suis doux et soyeux. D’une couleur éblouissante, orange, de cet orange que je partage avec le petit sachet de poudre qui m’accompagnait dans le temple de Trichi.
Pendu au soleil, j’avais hâte que l’on m’achète, trop peureux de perdre l’éclat de ma couleur sublime sous les rayons d’un soleil trop violent. Vous allez me dire que je suis un peu trop coquet, et pas vraiment modeste quand je vous raconte que je suis doux, soyeux et éblouissant. Mais, nous sommes des centaines à quitter le temple enroulé autour des poignets de fidèles et la concurrence est dure pour être choisi et quitter enfin  la position inconfortable qui est la nôtre. Il faut dire que le soleil à Trichi est plus fort qu’ailleurs et les pierres nous renvoient le feu de la chaleur et rend encore plus difficile l’attente d’être enfin choisis.
Quand des doigts habiles m’ont détaché, mon calvaire était enfin terminé. Je m’interrogeais sur quel poignet j’allais m’enrouler et poursuivre des jours plus ou moins paisibles, un petit nœud en guise d’amarre.

J’ai pris peur quand j’ai vu autour du poignet de mon nouveau propriétaire des dizaines rangs de perles bleues africaines.  Comment j’allais réussir à  faire ma place, coincé au milieu de ces bracelets inconnus. On raconte tellement d’histoire de sorcier, de magie sur ce continent. Je sais j’étais un peu stupide, mais comprenez-moi, je n’avais jamais quitté le temple de Trichi, j’étais tellement ignorant…L’angoisse m’avait pris, j’étais paniqué. Quand le couvercle de la boite marron et s’est soulevé, elle m’a alors glissé dans la boite marron. J’étais vraiment soulagé. J’ai enroulé quelques clous de girofle et grains de poivre récoltés dans une épicerie de Madurai. Dans la quiétude, rassuré, ils m’ont raconté comment ils étaient nés là-bas dans les montagnes, à l’ombre des grands arbres. Ils étaient réveillés le matin par le chant des oiseaux multicolores et par la fraîcheur de la brume qui s’accroche aux cimes des arbres de la foret pour les envelopper de leurs mystères. Ils m’ont raconté l’odeur des théiers recroquevillés en boule d’un vert intense qui embaument les collines verdoyantes.

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Une feuille de thé était parmi nous pour en témoigner. Elle aussi faisait partie du voyage. Elle avait perdu tout son éclat, sa palette de verts qui l’habillait s’était ternie. Elle était la plus fragile et la moindre secousse menaçait de la briser en mille éclats.  Elle s’était blottie au fond de la boite, silencieuse, nous n’avions même pas soupçonné sa présence trop discrète. Asséchée par l’air et le manque d’humidité, elle attendait silencieuse. Si elle a pris la peine de nous raconter son pays et ses collines verdoyantes de Munnar, c’est qu’elles lui manquaient tellement. Nous entendions presque le bruit des cascades qui dévalent le flanc des montagnes et poursuivent leur route jusqu’aux pentes  des collines, épousant leurs courbes pour venir mourir au pied des plantations. Son récit nous a apporté la fraîcheur qui a rendu notre voyage plus confortable car nous commencions à être vraiment nombreux dans la boite marron.

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Une petite feuille volante aux allures d’insecte ou d’aile de papillon nous a rejoint, échappée de la réserve de Chinnar.
Elle était encore apeurée de sa rencontre  avec les éléphants et les bisons qui hantent la forêt la nuit.

Au petit matin, elle nous a raconté qu’il ne restait de leur passage que la trace de leurs empreintes.  Le jour où elle fût ramassée, ce jour-là, une gardienne de chèvres, cramponnée à son bâton s’était  arrêtée près de son arbre pour échanger avec la fille et sa petite boite marron. Elles avaient entamé un dialogue de gestes, de mots faits de regards.  Le ciel saturé par une couleur acier menaçait de faire exploser un orage et une pluie diluvienne qui aurait été la bienvenue.
Leurs pas faisaient craquer le chemin recouvert de feuilles asséchées. Les chèvres avaient du mal à dénicher quelques brins d’herbe. Oui, la pluie serait la bienvenue. La petite feuille s’était décrochée, avait virevoltée comme un hélicoptère et avait fait son atterrissage forcé sur le chemin du retour. Ses drôles de tâches couleur de terre, avait attiré un regard curieux qui l’avait mené jusqu’à la boite marron.
Nous pensions être au complet quand ils sont arrivés à la fin de notre périple.

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Lui, il affichait avec prétention qu’il valait 2 millions de roupies. Pas moins que cela !! Monsieur « super star », c’est comme cela qu’il voulait qu’on l’appelle. Non seulement d’afficher ses airs prétentieux de billet de loterie super gagnant, il prenait toute la place dans la boite marron. Et voilà qu’à peine arrivé, il s’étalait déjà de toute sa longueur, nous empêchant de respirer.
Nous nous y sommes tous mis et en deux temps et trois mouvements, nous l’avons plié en deux et de tout notre poids l’avons plaqué au fond de la boite marron.
Bien sur, Monsieur était plein de promesse, mais nous n’avons pas manqué l’occasion de lui rappeler que si il était là avec nous aujourd’hui, c’est qu’il était avant tout un perdant. Car si Monsieur le billet super star avait été gagnant il n’aurait pas été abandonné vulgairement au pied d’un rickshaw. Car c’est bien de là qu’il venait ce billet prétentieux.

L’effet a été immédiat et nous lui avions bien rabattu son caquet à ce Monsieur qui a vite compris que le voyage serait long et qu’il n’avait surtout pas intérêt à prendre trop de place. Il s’est fait tout petit, s’est aplati au plus près des parois de la boite marron et il ne s’est plus manifesté de tout le voyage. Nous nous sommes tous assis sur lui et il n’a pas bronché. Comme nous lui avions donné une leçon d’humilité à ce Monsieur trop prétentieux !

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Nous étions tous prêt à l’accueillir.
C’est à ce moment qu’elle a fait son entrée majestueuse avec son instrument de  musique. Elle était minuscule et tellement élégante dans son habit de bronze. Elle s’est posée au milieu de nous et a commencé à jouer de son instrument. Depuis, elle n’a  jamais cessé de jouer.
La nuit, elle laisse échapper des douces mélodies qui enchantent nos rêves. Sa musique est à notre cœur comme ce miel  qui coule pour le bonheur des insectes de nos grandes forêts. Elle réveille nos sens, comme les épices de notre pays. Elle nous invite à chaque fois aux voyages les plus fous et convie les dieux au panthéon de la vie. Sa musique est un charme et nous parle plus que n’importe quelles paroles ou poèmes.
Ses notes nous ramènent à l’endroit de notre naissance et ensemble nous revenons au début de notre voyage. Nous sommes quelque fois un peu nostalgique et notre pays nous manque avec ses couleurs, ses lumières, ses chants, ses odeurs, ses brouhahas et ses histoires de dieux et de déesses, de folie et d’amour.

Un jour,  peut-être que nous accueillerons dans notre boite marron, lors d’un prochain voyage, d’autres compagnons, d’autres histoires… Nous avons hâte …

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Nous sommes maintenant tous là, immobiles pour l’instant dans notre boite marron.
Nous attendons le moment où nous nous réveillerons, quelque part dans un monde qui nous sera nouveau, habillé de ces mystères et d’un peu de cette crainte qui accompagnent les commencements et la découverte. Nous allons descendre dans quelques instants de notre avion.

Nous sommes arrivés. L’aventure continue…le voyage aussi …

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La boite marron est arrivée à Paris un soir d’avril. Quand j’ai soulevé le couvercle, ils étaient tous là. Les odeurs et les histoires qui accompagnaient chacun d’entre eux étaient restées intactes comme tout au long de mon voyage.
J’ai aimé les retrouver, même si j’avais quelques scrupules à les avoir cantonnés dans un espace aussi réduit.  De temps  en temps, je n’oublie pas de soulever le couvercle pour y faire rentrer la lumière … Je les aime vraiment beaucoup …

Petit morceau de papier doré, j’ornais le plafond du temple de Kochi avec des centaines de mes comparses.
Accrochés tel des chauves-souris, la tête en bas, nous laissons le vent s’amuser de notre légèreté et nous faire vibrer de la plus belle harmonie. Moins costaud que les autres, j’ai lâché prise et je suis laissé porter par la brise et j’ai glissé dans un doux  tourbillon, en longeant les fresques murales ornées d’animaux et de dieux étranges et colorés, pour rejoindre lentement le sol jonché de pétales roses. Elle passait par là au même moment et n’a pas manqué de me repérer ; les quelques rayons de soleil qui se faufilaient entre les colonnes me faisait vibrer d’un éclat qui ne pouvait qu’attirer son regard de pie voleuse.  J’ai trouvé ainsi des nouveaux compagnons de voyage dans la boite marron et quel beau voyage nous avons commencé à accomplir. Pour les divertir je leur ai raconté dans la pénombre de la boite les cérémonies nocturnes, celles où les hommes prouvent leur courage au dieux en affrontant les flammes d’un feu sacré sous le regard admiratif de leurs enfants. Comment les mains battent les tambours, comment le rythme des instruments de musique impose aux fidèles une ferveur jusqu’à la transe. Comment les notes qui s’échappent des flûtes et envoûtent ceux qui ont peur d’affronter les blessures des sabres sur leur corps. Comment la musique, s’enroule autour des corps et des âmes, prenant possession tout  au long des heures de la nuit, de ceux qu’elle veut mener au plus près du langage des dieux, sous les regards endurcis des anciens qui n’admettent aucun manquement à la tradition.
Nous nous sommes tous endormis, silencieux, l’odeur du beurre rance des lampes était là pour nous accompagner dans notre sommeil qui nous le savions serait de courte durée …la route était encore longue avant de quitter notre terre indienne…

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